Culottes menstruelles remboursées : la pharmacie entre dans un nouveau cycle

A partir de septembre prochain, les culottes et coupes menstruelles seront partiellement prises en charge par lAssurance Maladie, à condition d’être achetées en officine. Une mesure qui pourrait relancer un marché en perte de vitesse.

A partir de septembre, les coupes et culottes menstruelles seront remboursables par l’Assurance Maladie pour les jeunes de moins de 26 ans ainsi que pour les bénéficiaires de la complémentaire santé solidaire. Une prise en charge toutefois encadrée : limitée à deux produits par an — selon une année glissante à compter de la première délivrance — et fixée entre 35 % et 45 %, avec un éventuel complément assuré par les mutuelles. Condition sine qua non : l’achat doit être effectué en pharmacie.

Le remboursement comme levier de relance

Cette évolution réglementaire redonne de la visibilité à un segment encore émergent à l’officine. Car, selon les données Offisanté, le marché des culottes menstruelles montre des signes d’essoufflement. Sur les douze derniers mois, du 1er avril 2026 au 31 mars 2025, il pèse un peu plus d’un million d’euros de chiffre d’affaires, en recul de 18,5 %. Dans ce contexte, l’ouverture du remboursement apparaît comme un levier potentiel de relance.

Une montée en gamme sous contrainte réglementaire

Au-delà de son impact économique, le décret marque une étape décisive dans la structuration du marché des culottes menstruelles. Les produits éligibles au remboursement devront désormais répondre à un cahier des charges particulièrement exigeant. Sont notamment requis : une composition à 95 % de coton biologique certifié Global Organic Textile Standard (GOTS), une certification Oeko-Tex Standard 100 classe 2 pour l’ensemble du produit, ainsi qu’une durabilité minimale de 52 cycles de lavage.

À ces critères techniques s’ajoutent des exigences accrues en matière de transparence, avec l’obligation pour les fabricants de justifier de certifications environnementales et sociales, telles que B-Corp ou ISO 14001. Autre contrainte : chaque modèle devra être décliné en huit tailles, incluant au minimum une taille adolescente (12-14 ans), et proposer au moins deux niveaux d’absorption. De quoi représenter, en pratique, jusqu’à 16 références par produit — et un enjeu logistique non négligeable pour les officines. La liste définitive des produits remboursables n’est, à ce stade, pas attendue avant la fin de l’été.

Un marché déjà structuré

Avant même l’entrée en vigueur du décret, plusieurs acteurs avaient déjà pris position sur le circuit officinal. Leader incontesté, Saforelle (Biocodex) concentre 75,2 % des parts de marché en volume, portée notamment par ses modèles « Première Règle » et « Culotte menstruelle flux abondant », parmi les références les plus vendues.

Derrière, la marque française Sisters Republic, fondée en 2019, s’impose comme le deuxième acteur du marché avec 14 % de parts de marché. Elle mise sur une offre large — culotte classique, boxer, short, bikini ou maillot de bain — déclinée en trois niveaux d’absorption (« light », « medium » et « super »), et sur une communication digitale ciblée, notamment via YouTube, en direction des jeunes consommatrices, cœur de cible du dispositif de remboursement.

Les Petites Choses complètent le podium avec 8,4 % de parts de marché en volume, portées notamment par leur modèle Slip classique 30.

Une marge encadrée autour de 20 %

Reste une question centrale : quelle rentabilité pour les officines ? Le décret fixe un prix de vente remboursable à 19 euros TTC, sans possibilité de dépassement — un niveau nettement inférieur aux prix actuellement pratiqués en pharmacie.

Selon les données Offisanté, les culottes menstruelles Saforelle se vendent aujourd’hui entre 23,50 et 37,95 euros TTC selon les modèles. Du côté de Sisters Republic, les prix s’échelonnent entre 23,90 et 38,80 euros, avec des taux de marges souvent supérieures à 30 %.

Dans ce nouveau cadre, le texte impose un prix d’achat plafonné à 14,40 euros hors taxes pour les pharmaciens. Résultat : une marge théorique ramenée autour de 20 %, bien en deçà des niveaux actuels.

La pharmacie, circuit clé… mais temporaire ?

En conditionnant le remboursement à un achat en pharmacie, le décret renforce clairement le rôle de l’officine comme circuit de référence, à la fois pour le conseil et pour la délivrance de produits répondant à des standards plus exigeants. Une orientation qui pourrait accélérer la montée en gamme du marché et conforter les acteurs déjà bien implantés. À l’inverse, certaines marques historiquement présentes en grande distribution — comme So’Cup, Nana, Dim ou encore Always (Procter & Gamble) — pourraient être pénalisées.

Cet avantage concurrentiel reste toutefois encadré dans le temps. Le dispositif prévoit en effet que la prise en charge soit conditionnée à une délivrance en officine jusqu’au 31 décembre 2028 au plus tard. Au-delà, le cadre réglementaire pourrait évoluer, laissant la porte ouverte à un élargissement des circuits de distribution.

Autrement dit, si la pharmacie bénéficie aujourd’hui d’une véritable fenêtre d’opportunité, elle devra rapidement structurer son offre et démontrer sa valeur ajoutée pour s’imposer durablement sur ce marché encore en construction. Aujourd’hui, près d’une femme réglée sur deux a déjà adopté les culottes menstruelles. Selon une étude Ifop, elles sont 45 % à les utiliser, un chiffre en constante progression qui confirme l’ancrage durable de ces protections dans les habitudes de consommation.