La pharmacie, nouvelle place du village de la téléconsultation

Avec plusieurs milliers d’officines équipées et des millions de consultations déjà réalisées, la téléconsultation s’impose progressivement dans le paysage officinal. Face aux difficultés croissantes d’accès aux soins, les plateformes cherchent désormais à mieux faire connaître le service, à développer les usages et à transformer ces équipements en véritables outils de suivi et de prévention au sein du parcours patient.

Près d’une pharmacie sur trois est aujourd’hui équipée d’un dispositif de téléconsultation. Depuis son lancement en 2017, Medadom revendique plus de 10 millions de téléconsultations réalisées et un réseau de près de 6 000 pharmacies partenaires, soutenu par des accords avec une centaine de groupements. De son côté, Tessan équipe déjà plus de 1 700 officines et indique avoir accompagné plus de 1,5 million de patients depuis 2018, dont plus de 700 000 téléconsultations réalisées sur la seule année 2025. Et la dynamique ne semble pas près de ralentir. Tessan indique installer une dizaine de nouveaux dispositifs chaque semaine, avec un rythme de déploiement soutenu sur l’ensemble du territoire. Même ambition chez Medadom, qui prévoit d’équiper 1 000 pharmacies supplémentaires cette année.

La pharmacie s’impose comme le lieu clé 

Pour Jordan Cohen, CEO et fondateur de Tessan, « la téléconsultation en pharmacie n’est plus un service marginal, mais une solution désormais largement déployée pour répondre aux difficultés d’accès aux soins. Ce n’est pas la typologie du territoire qui crée la demande, c’est la difficulté concrète à obtenir un rendez-vous médical dans un délai acceptable. » Le constat est particulièrement préoccupant dans un pays où près de 6 millions de Français n’ont pas de médecin traitant, où 87 % du territoire est considéré comme un désert médical et où près d’un patient sur cinq se rend aux urgences faute d’avoir trouvé un rendez-vous ailleurs. « La demande n’est pas liée à la densité urbaine, poursuit Jordan Cohen, mais à la difficulté réelle d’obtenir un rendez-vous médical au bon moment. » La téléconsultation en pharmacie répond également à un enjeu d’accompagnement des patients. Pour les personnes âgées, les patients peu à l’aise avec les outils numériques ou ceux qui ont besoin d’être rassurés dans leur parcours de soins, la présence du pharmacien et de son équipe apporte un cadre de confiance qui rend le service plus accessible, plus humain et plus sécurisant. 

Après des expérimentations peu concluantes dans les gares ou les grandes surfaces alimentaires, la pharmacie semble aujourd’hui s’imposer comme le lieu le plus pertinent pour développer la téléconsultation assistée. Contrairement aux dispositifs installés dans certaines mairies, souvent limités par des plages horaires restreintes, l’officine offre une amplitude d’ouverture plus large ainsi qu’un accompagnement par des professionnels de santé identifiés par les patients. « Nous intervenons dans les mairies uniquement lorsqu’il n’y a plus de pharmacie dans la commune ou lorsqu’aucune officine n’est déjà équipée », explique ainsi Frank Chastanet. Le déploiement du service commence également à gagner du terrain dans les Ehpad et les résidences seniors, où la téléconsultation apparaît comme une solution complémentaire pour faciliter l’accès rapide à un médecin, tout en limitant les déplacements des résidents.

Faire connaître le service, un enjeu clé 

Reste désormais une question clé pour les officines : comment inscrire durablement la téléconsultation dans les usages des patients ? Car l’activité varie fortement d’une pharmacie à l’autre. Elle dépend du niveau de tension médicale du territoire, de la visibilité du service au niveau local, mais aussi de l’implication de l’équipe officinale dans son intégration au parcours patient. Chez Tessan, plusieurs dizaines de téléconsultations sont réalisées chaque mois par pharmacie équipée, avec des volumes bien plus importants dans les zones où l’accès à un médecin est particulièrement difficile. « Cette moyenne doit être interprétée avec prudence, car l’usage dépend avant tout du besoin local et de la manière dont le service est intégré dans l’organisation de l’officine. Ce que l’on observe surtout, c’est que plus la téléconsultation est identifiée localement par les patients et intégrée dans le parcours officinal, plus son utilisation progresse », souligne Jordan Cohen. Même constat chez Medadom, qui accompagne désormais les officines dans la mise en avant du service, aussi bien au sein du point de vente que sur les réseaux sociaux. « La téléconsultation permet à une pharmacie de toucher de nouveaux patients, mais notre communication reste avant tout informative, jamais promotionnelle ou incitative », précise Frank Chastanet.

Élargir les usages 

Si les aides financières liées à la téléconsultation — un forfait d’équipement de 1 225 € la première année, auquel s’ajoute une rémunération de 25 € par tranche de cinq téléconsultations, dans la limite de 750 € — sont souvent jugées insuffisantes par les pharmaciens, les acteurs du secteur défendent une approche plus globale du modèle économique. Selon Medadom, 80 % des téléconsultations réalisées en officine débouchent aujourd’hui sur une prescription, générant ainsi une activité complémentaire pour la pharmacie. Dans cette perspective, les plateformes cherchent désormais à diversifier les usages afin d’augmenter le recours aux équipements déjà installés. Depuis mars, Medadom teste ainsi un service de télédermatologie dans une centaine d’officines, avec l’objectif d’un déploiement progressif dans son réseau de 6 000 pharmacies partenaires au cours des prochains mois. Parallèlement, la société prépare le lancement d’un « check-up santé » gratuit, réalisable en cinq minutes à l’officine. Présenté comme un premier pas vers le développement de parcours de prévention tels que les bilans aux différents âges clés de la vie, ce nouveau service illustre la volonté des acteurs de faire de la téléconsultation un outil plus large d’accompagnement et de suivi des patients. Ainsi, les plateformes espèrent faire de la pharmacie un véritable point d’entrée dans les parcours de prévention, bien au-delà de la seule consultation ponctuelle.