Le pharmacien indispensable… mais à quel prix ?

Comment continuer à financer les nouvelles missions du pharmacien ? Comment préserver le maillage territorial officinal dans un contexte budgétaire sous tension permanente ? Et surtout, jusqu’où l’Assurance maladie pourra-t-elle accompagner la montée en puissance des missions de prévention, de dépistage ou de suivi des patients ?

Car la réalité financière du système de santé se durcit encore. Le déficit de la Sécurité sociale pourrait atteindre cette année 23,2 milliards d’euros, selon les dernières projections. Même corrigé des effets liés aux exonérations de charges, il resterait supérieur à 20 milliards d’euros. Des niveaux qui poussent désormais les pouvoirs publics à réexaminer l’ensemble des dépenses de santé… y compris celles liées aux nouvelles missions des pharmaciens.

Dans son dernier rapport, la Cour des comptes recommande « d’élargir le périmètre des franchises et des participations » aux actes réalisés par les pharmaciens d’officine sans toutefois préciser lesquels. Derrière cette formulation technique, le message est limpide : les patients devront dans certains cas payer un reste à charge.

Vaccination, TROD, entretiens pharmaceutiques, prescriptions protocolisées ou actes de prévention… : jusqu’ici, ces nouvelles missions étaient présentées comme des investissements destinés à fluidifier le parcours de soins et à désengorger le système de santé. La téléconsultation, par exemple, s’impose progressivement dans le paysage officinal. Face aux difficultés croissantes d’accès aux soins, les plateformes cherchent désormais à mieux faire connaître le service, à développer les usages et à transformer ces équipements en véritables outils de suivi et de prévention au sein du parcours patient. Une illustration supplémentaire de la place grandissante prise par l’officine dans l’organisation des soins… au moment même où la logique économique semble reprendre le dessus.

Le signal envoyé aux pharmaciens est clair : l’officine reste un maillon essentiel du système de soins, mais elle entre désormais pleinement dans le champ des arbitrages budgétaires de l’Assurance maladie.

Les conclusions, déjà vivement contestées, du rapport Igas-IGF sur la chaîne de distribution pharmaceutique confirmaient déjà cette volonté de revoir en profondeur le modèle économique officinal. Le document est actuellement examiné par la Direction de la Sécurité sociale, le cabinet de la ministre et l’Assurance maladie. Tous semblent vouloir avancer vite, très vite, sur un sujet devenu hautement stratégique : la refonte du modèle de rémunération des pharmaciens. Car derrière ces discussions qui ne manqueront pas d’être mouvementées, c’est bien la pharmacie des prochaines années qui se dessine.

Le pharmacien est devenu indispensable dans l’organisation des soins. Reste désormais à savoir à quel prix.