Wegovy et Mounjaro remboursés : une nouvelle opportunité économique pour les officines ?
Aujourd’hui, lundi 15 juin, pourrait marquer un tournant, non seulement pour les patients souffrant d’obésité, mais aussi pour les pharmacies. Avec l’entrée en vigueur du remboursement de Wegovy et de Mounjaro dans certaines situations d’obésité sévère, l’Assurance maladie reconnaît l’importance croissante d’une pathologie qui concerne près d’un million de Français dans sa forme la plus grave et dont les facteurs de risque touchent désormais un adulte sur deux.
Les chiffres Offisanté montrent qu’en l’espace d’un an, le chiffre d’affaires généré par Wegovy et Mounjaro en pharmacie est passé à 112 millions d’euros HT, soit une hausse de plus de 600 %*. Plus révélateur encore, près de 453 500 patients avaient déjà recours à ces traitements au 1er juin 2026. Ces données traduisent une réalité souvent sous-estimée : le potentiel économique de ces médicaments repose moins sur leur prix unitaire que sur le nombre de patients susceptibles d’en bénéficier. Dans un contexte où les relais de croissance traditionnels des officines se raréfient, l’obésité pourrait bien devenir l’un des nouveaux grands marchés de santé des prochaines années.
Mais cette dynamique soulève aussi plusieurs interrogations. La première concerne la capacité de la chaîne d’approvisionnement à suivre le rythme. Les indicateurs de Vigirupture invitent déjà à la prudence. Les stocks de Mounjaro sont jugés seulement « moyens » sur les dosages les plus utilisés en initiation de traitement (2,5 mg, 5 mg et 7,5 mg), tandis que pour Wegovy, les stylos FlexTouch 0,25 mg, 1 mg et 1,5 mg bénéficient encore d’un niveau de stock considéré comme satisfaisant, avec toutefois une tendance à la baisse. Or, le remboursement, même encadré par des conditions strictes, pourrait élargir l’accès à ces traitements et accélérer encore la demande. La pression sur les stocks risque donc de s’intensifier dans les prochains mois. Conscient de cet enjeu, Vigirupture a récemment lancé un nouveau service permettant aux pharmaciens de commander directement les spécialités manquantes via sa plateforme.
La seconde interrogation porte sur l’accompagnement des patients. L’obésité étant une maladie chronique, le recours à ces traitements s’inscrit le plus souvent dans la durée, voire sur une grande partie de la vie du patient. Dans ce contexte, le pharmacien a un rôle essentiel à jouer : suivi de l’observance, conseils hygiéno-diététiques, vigilance face aux effets indésirables et soutien à la motivation. Bien au-delà de la simple délivrance du médicament, cette prise en charge régulière renforce la place de l’officine dans le parcours de soins et constitue un véritable levier de fidélisation.
Pour autant, cette promesse économique ne doit pas occulter son coût pour la collectivité. L’élargissement du remboursement de Wegovy et de Mounjaro représente une dépense supplémentaire significative pour l’Assurance maladie, dans un contexte budgétaire déjà contraint. Le pari repose sur la capacité de ces traitements à réduire, à moyen et long terme, les complications liées à l’obésité : diabète de type 2, maladies cardiovasculaires, hospitalisations et autres pathologies associées. Si les bénéfices attendus se confirment, les dépenses engagées aujourd’hui pourraient être compensées demain par des économies substantielles pour le système de santé.
* En cumul annuel mobile entre le 1er juin 2025 et le 1er juin 2026.
